
La déforestation des zones tropicales accélère le réchauffement climatique plus et plus vite que tout le secteur mondial des transports. On n’arrêtera pas le changement du climat si l’on ne met pas un terme à la déforestation, en prenant et en appliquant au niveau mondial le train de mesures nécessaires.
Les multinationales de l’agro alimentaire interpellées par FFD concernant leur empreinte forestière
Un nouveau rapport présenté par Forest Footprint Disclosure révèle pour la première fois comment le “global business” détruit les forêts primaires pour fournir des produits agro alimentaires, il montre aussi quelles sont les entreprises qui tentent de réduire l’impact de leur action et comment elles s’y prennent ; malheureusement , elles sont encore peu nombreuses.
Le monde consomme inconsciemment des forêts primaires chaque jour. sous forme de hamburgers, de bacon, de produits de beauté ou de petits gâteaux.
Les responsables forment une chaîne de livraison ininterrompue qui a les pieds dans la forêt et les mains dans la caisse; ils ont constaté l’intérêt de changer les habitudes alimentaires des populations du globe pour élargir les marchés à leurs produits industrialisés.
Du fait de la demande accrue pour la viande de bœuf, le soja, l’huile de palme qui sont présents dans beaucoup des produits offerts à la consommation alimentaire tant animale qu’humaine, pour le bois de grumes et, du fait de la culture d’espèces dédiées au pétrole vert, les forêts primaires valent plus coupées que debout.

Le rapport fait apparaître que l’Union Européenne est le plus grand importateur mondial de soja dont la plus grosse part vient du Brésil et se place juste derrière la Chine (n°1) pour les importations d’huile de palme.
Le soja permet d’engraisser à bas coût les cochons et les poulets, tandis que l’huile de palme rentre dans la fabrication des pâtisseries et des gâteaux industriels ainsi que dans les crêmes de beauté. (Sur les étiquettes : la lécithine de soja et l’huile de palme sont souvent déguisées en «huile d’origine végétale »
Il n’est pas rare de voir 50 moissonneuses-batteuses progressant de front dans les champs immenses en monoculture de soja des gigantesques exploitations de l’Etat du Matto Grosso, là même où se développaient naguère et jadis les écosystèmes les plus divers de la planète .
Plus au Nord , des dizaines de milliers d’hectares de forêt primaire sont brûlés chaque année, souvent illégalement, pour fournir un pâturage à une vache/ha pour fournir de la viande de boeuf à des brésiliens impécunieux ou à des populations plus prospères en Chine et en Inde.
Beaucoup du cuir de ces troupeaux est exploité pour la maroquinerie, les chaussures, le prêt à porter, la sellerie automobile si appréciés dans les marchés affluents.
Tout ceci serait sans importance si:
-la chaîne de l’évolution n’était pas changée à jamais- peu nombreux sont ceux qui s’en préoccupent
-le brûlage des forêts tropicales n’accélèrait le réchauffement climatique plus vite que ne le font tous les véhicules de transport à travers le monde que ce soit sur terre, sur mer ou dans les airs.
Il n’y aura pas de remède efficace au changement climatique tant que cette pratique n’aura pas été interrompue.
-la perte des forêts peut mettre en danger à terme la sécurité de la nourriture, de l’eau, de l’énergie, et du climat.
Et pourtant , les dépenses consacrées à la protection de l’environnement pourraient au niveau mondial selon le conseiller spécial des Nations Unies Pavan Sukhdev , être réduites de 3,5 trillion de dollars annuellement. (cf Pavan Sukhdev -Review on The Economics of Ecosystems and Biodiversity (TEEB)),
Et bien sûr n’oublions quand même pas les quelque 1,4 milliards d’êtres humains, parmi les plus pauvres, qui dépendent de ces forêts pour leur survie et qui ne peuvent pas se permettre de les voir disparaître.
Alors que faire : la transparence totale ?
L’une des premières étapes est d’encourager le monde des affaires à alléger son empreinte écologique ou "forest footprint".
L’impact du « global business » sur la déforestation sera un facteur décisif d’arrêt de la déforestation.
Tous les conciliabules dans les salles et les couloirs des débats de l’ONU sur le climat ne modifieront rien si les motivations des acteurs de terrain responsables de la déforestation ne sont pas déterminées, prises en compte et engagées simultanément.
Pour information:un projet de payer les pays qui protègent leurs forêts fait partie d’une stratégie Onusienne :REDD (réduire les émissions de la déforestation) et de la dégradation de la forêt.
Le premier pays concerné si REDD est approuvé serait Guyana dont la forêt tropicale a la surface du Royaume Uni, mais Guyana doit rendre sa copie pour définir sa stratégie car le monde a besoin d’un modèle d’application afin de permettre aux fonds REDD d’être libérés.
Même si la pauvreté est la plus forte des motivations, il en est une autre au moins aussi puissante: la transformation par le « global business » de territoires forestiers acquis pour de faibles coûts afin d’ alimenter les chaînes de distribution de leurs produits vers chacun d’entre nous sur la surface du globe.

C’est pourquoi est né l’an dernier le projet de Dénonciation de l’Empreinte Forestière ou Forest Footprint Disclosure:-inviter les entreprises et les Groupes à: d’abord évaluer et reconnaître leur impact sur les forêts puis à préciser leurs intentions et leurs actions pour le réduire.
Pourquoi ? Parce que leurs situations financières pourraient souffrir si aucune action efficace visible n’est engagée par les entreprises responsables pour corriger leur comportement.
En 2009 le rapport “Time to Pay the Bill” des Amis de la Terre, et celui de Greenpeace “Slaughtering the Amazon” ont clairement identifié l'industrie du bétail comme un acteur du changement climatique et le principal responsable de la majorité des émissions de gaz à effet de serre du Brésil par les brûlages de déforestation et, accessoirement les émissions de méthane par 180 millions de vaches.
Des effets immédiats
Ainsi la Banque mondiale a annulé un prêt de 60 M$ accordé à Bertin, principal exportateur de viande du Brésil.
En juin 2009, les principaux supermarchés du Brésil: - Pao de Acucar, Wal-mart, et Carrefour – ont annoncé qu’ils n’accepteraient plus de viande de boeuf provenant d’exploitations impliquées dans opérations de déforestation.
En juillet, le fabricant de chaussures de sport Nike a annoncé qu’il n’accepterait plus de cuir dans ses produits venant du Brésil s’il provenait de zones de deforestation.
Et en Octobre 2009, JBS Friboi, Bertin, Mafrig and Minerva – les principaux acteurs du marché brésilien du bétail se sont engagés de même.
Daniel Azeredo, un Procureur Fédéral de l’Etat de Para a récemment engagé des poursuites d’un montant total d’un milliard de dollars contre 22 exploitations et 13 sociétés d’abattoirs et de boucherie de gros pour non respect des lois fédérales contrôlant la déforestation.
'Extraordinary time'
L’onde de choc se propage tout le long de la chaîne jusqu’au consommateur.
Les consommateurs de même que les chaînes de distribution peuvent jouer leur rôle en exigeant de leurs fournisseurs identifient la provenance de leurs "Forest Risk Commodities" mais le feront-ils?
Les consommateurs sont concernés tant que leur porte-feuille n’est pas directement concerné.
Si les entreprises ne peuvent pas réaliser des bénéfices suffisants en produisant de la qualité, pourquoi le feraient elles ?
Nous vivons une période extraordinaire d’accélération du temps: il pourrait en résulter une transformation de l’économie du 21ème siècle.

La réduction des émissions résultant de la déforestation, sujet mineur, il y a deux ans se place maintenant au premier rang des négociations de l’ONU, car il est communément admis maintenant que l’arrêt de la déforestation est le moyen le plus économique et le plus rapide pour réduire massivement les émissions entre maintenant et 2030.
Il est urgent d’agir vite
Quand la population mondiale s’approchera des 9 milliards annoncés, la protection de la nature ne sera plus en mesure de concurrencer le commerce.
Nourrir le monde et lui fournir l’ énergie nécessaire est un des challenges du 21àme siècle mais, gaspiller en fumée un capital naturel, détruire des écosystèmes porteurs et riches pour réaliser un profit immédiat, se révélera un jour contre-productif.
Pour savoir quel est, d’une part le degré de conscience des multinationales par rapport à ces enjeux et, d’autre part les actions menées en faveur d’un approvisionnement plus responsable et d’une meilleure traçabilité, le « Forest footprint disclosure », a envoyé un questionnaire détaillé à 217 entreprises du « Fortune 500 » parmi les plus exposées aux risques d’approvisionnements forestiers.(Forest Risk Commodities)
Sur 217 entreprises seulement 35 multinationales ont répondu (parmi elles :
-Gaz et pétrole: Neste Oil, Finland
-Produits alimentaires et boissons: Danisco, Denmark
-Soins corporels et ménagers/ habillement: L’Oréal, France
-Distribution alimentaire et médicaments: J. Sainsbury plc, UK
-Agriculture et pêche: IOI Group, Malaysia
-Grande distribution: Marks and Spencer, UK
-Matières premières: Mondi plc, UK
-Industrie et automobile: Weyerhaeuser, USA
-Services: Drax Group, UK
-Autres: Reed Elsevier, NL
et 25 entreprises ont refusé de répondre parmi lesquelles BP, SHELL , British Airways, BMW, Adidas, Nike, Danone, Geox, Boots, PPR , Toyota, Unilever, Kingfisher, Mc Donald’s ont clairement refusé de divulguer les informations
Toutefois, il est intéressant de noter que beaucoup d’entreprises, n’ayant pas eu la démarche spontanée de rassembler des informations préalablement à la demande de FFD, ont indiqué qu’elles souhaitaient participer avec des réponses au prochain questionnaire.
Rien n’est pourtant encore gagné
Ce n’est pas pour autant que les entreprises les plus favorablement disposées n’auront pas d’efforts à faire :
Ainsi dans le secteur de la distribution alimentaire : Sainsbury et Carrefour ont affiché une grande compréhension de l’importance des risques stratégiques à la fois sur leur réputation et sur la sécurité de l’approvisionnement.
Mais s’ils ont de forts engagements pour leurs propres produits, leur influence sur les mesures d’approvisionnement des autres marques reste faible.
Par ailleurs dans le secteur des soins corporels/ménagers et de l’habillement: si beaucoup de ces compagnies ont mis en place des mesures pour lutter contre le changement climatique ; elles ne font pas souvent le lien avec la déforestation..
Créer une chaîne d’approvisionnement durable, robuste avec une traçabilité totale est un véritable défi pour les entreprises mais si elles en font la démarche, le monde le saura.
Si les entreprises qui ont accepté de divulguer leurs données sur le sujet montrent qu’elles anticipent les risques d’approvisionnement sur le long terme et qu’elles gèrent intelligemment les enjeux du changement climatique, d’autres par contre qui communiquent pourtant abondamment sur leur engagement environnemental ont refusé de dévoiler leur impact sur la forêt.
FFD Steering Committee
Carbon Disclosure Project, The Co-operative Asset Management, UK Government Department for International Development, Fauna and Flora International, FTSE Company, Global Canopy Programme, Hermes Equity Ownership Services, The Prince’s Rainforest Project, Strategic Environmental Consulting, UNEP Finance Initiative, WWF UK
FFD Endorsers
Amundi Group, APG Asset Management, Aviva, The Children’s Investment Fund management (UK) LLP,Climate Change Capital, Colonial First State Global Asset Management, The Cooperative Asset Management, Dexia Asset Management, EBG (Environmental Business Group) Capital, Ecclesiastical Investment Management, Environment Agency Active Pension Fund, ETICA SGR, F&C Investments, Generation Investment Management, Hazel Capital, Hermes Equity Ownership Services, Impax Asset Management, Insight Investment Management (Global) Ltd, Invesco Perpetual, The Local Authority Pension Fund Forum (LAPFF), Natural Capital Funds Management, Newton Investment Management Limited, Norges Bank Investment Management, Northwest & Ethical Investments L.P., Pictet & Cie, Rathbone Greenbank Investments, Robeco, Royal London Asset Management, Bank Sarasin & Co. Ltd, Schroders, Sustainable Development Capital LLP, Threadneedle, Triodos Bank, VicSuper.
Sources: Traduction ER d'éléments du rapport FFD et autres sources. Photos: FFD, Greenpeace, GCP.
Mis à jour (Mardi, 16 Mars 2010 19:49)


Abonnez vous