Colloque « Sauver la Biodiversité : quelles solutions concrètes ? »
(Compte rendu du colloque du 26 janvier 2010, tenu au Palis du Luxembourg)
Le Sénateur Sophie JOISSAINS étant malheureusement accidentée, le colloque est ouvert par Bruno SIDO, Sénateur de la Haute-Marne, Secrétaire général de la Commission des Affaires Economiques et Rapporteur du Groupe 1 sur la Biodiversité au Grenelle de l’Environnement.
Le Sénateur fait remarquer que c’est à la France que la planète doit aujourd’hui sa défense: le Président Chirac à Kyoto, le Président Sarkozy et le Ministre d’Etat Jean-Louis Borloo au Grenelle de l’Environnement, puis à l’Union Européenne: le « Paquet-Climat ».
Le G1 porte le texte fondateur sur la Biodiversité, voté à la quasi-unanimité des Représentants de la Nation. Le Sénateur souligne qu’une étude de l’ONU en 2005 précisait déjà que la disparition des espèces était mille fois supérieure au rythme naturel : d’où l’urgence à agir et à proposer des solutions concrètes. Le plan développé dans les Grenelle 1 et 2, concerne à la fois la biodiversité terrestre et marine.
Vice-Président de la délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation, Bruno Sido insiste sur l’idée de maillage écologique des territoires métropolitain et d’Outre Mer. Recréer de la biodiversité c’est en effet multiplier les initiatives de l’Etat à l’échelon de la commune. La période est favorable pour susciter des bonnes volontés : des sondages récents révèlent que la biodiversité vient en troisième position des préoccupations de nos concitoyens. Enfin il estime crucial de cesser d’opposer les acteurs les uns aux autres, il faut sortir d’une logique manichéenne, chacun a son rôle à jouer dans la mise en place d’expérimentation de solutions concrètes.
Bruno SIDO conclut en reprenant la citation du Sénateur Sophie JOISSAINS dans son allocution au Sénat : « carnivores, herbivores, monde qui rampe et monde qui vole, vous et moi sommes du même sang ! Oui, nous sommes du même sang, parce que la sève qui coule dans nos veines est celle de la Terre, une planète bleue aujourd’hui en danger, et sans laquelle nous ne sommes plus rien. Alors, tous ensemble, battons nous pour elle ! » (Le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling)
Puis Eric GUILLEMOT, Président d’Ecologie Radicale, accueille les intervenants et les participants au colloque en rappelant les enjeux de la biodiversité, partie intégrante du Développement Durable. La perte de la biodiversité est une menace importante pour notre planète, avec des conséquences économiques dont nous sous-estimons le poids. Elle contribue en effet à plus de 40% à l’économie mondiale, en particulier elle recèle des ressources médicales qu’il ne faut pas perdre.
Comment agir ?
- Réintroduire la Biodiversité des espèces agricoles :
Mr Jean-Pol VERZEAUX, Président de COOP de France, et exploitant de grandes cultures, livre ses expériences pilotes dans le domaine agricole. « Dans un contexte global d’absence de solutions génériques, osons agir», dit-il, les agriculteurs peuvent jouer un rôle clé
En Champagne Ardennes, des agriculteurs ont réintroduit une plante traditionnelle la luzerne, qui en avait été chassée par le soja. Or la luzerne est une légumineuse, une famille de plantes, comme le trèfle, exceptionnelle pour ses qualités physiologiques, agronomiques et nutritionnelles. En effet la luzerne est une plante « sobre », elle est peu consommatrice d’engrais et de pesticides et comme elle fleurit sur 3 ou 4 coupes dans l’année, elle demande peu d’interventions mécaniques et protège ainsi la biodiversité.
La luzerne qui est une plante pérenne, permet donc de redévelopper une biodiversité des espèces vivantes. La luzerne assure la continuité de l’approvisionnement en pollen pour les abeilles, dont les ruches se sont développées en grand nombre en Champagne Ardennes.
A côté des abeilles, s’épanouissent également des papillons, criquets et sauterelles, des oiseaux et même des chauves-souris, la nourriture d’une partie de ces espèces étant assurée par des bandes non fauchées en bordure de champ. Ainsi recréée, la biodiversité permet ainsi de retrouver des paysages d’antan, dans lesquels les papillons et les abeilles volètent autour des fleurs de luzerne.
Les intervenants depuis la salle soulignent la nécessité d’éviter une monoculture de luzerne (J-P.Castric , ce qui ne se produit pas puisque la luzerne est compatible avec 6 types de culture. Elle lutte efficacement contre les importations illégales du soja (Sabine Servan-Schreiber) car elle fournit un fourrage de grande qualité nutritionnelle pour la filière laitière, apportant à côté des céréales, des protéines et contribuant à rétablir l’équilibre entre Omega 3 et Omega 6. Les producteurs sont réticents à utiliser des granulés de boues déshydratées d’eau d’épuration (Jean-Pierre Schaller), car certaines applications entrent dans la production de produits pharmaceutiques.
- Informer et éduquer, impliquer nos citoyens pour réussir la biodiversité :
Jean Marc PETAT, Directeur Environnement BASF Agro, souligne combien la biodiversité est un défi complexe à définir car les agriculteurs ont à gérer des demandes multiples: abeilles, oiseaux, etc… et leurs actions sont souvent ignorées ou mal comprises par les citadins.
BASF propose une démarche de progrès :
- intégrer la Biodiversité dans la R&D de cultures permettant de protéger l’agriculture
- engager des partenariats avec les agriculteurs
L’entreprise peut en effet développer auprès de son personnel des actions ou des expérimentations qui ont un rôle d’éducation. C’est ainsi que BASF en France, qui est un partenaire historique du réseau biodiversité pour les abeilles, a développé des expériences pilotes : jachères agricoles et ruchers sur le site de Gravelines, espace « Faunaflore » sur le site de Genay, sensibilisation des équipes au siège d’Ecully, création de jardins individuels , cours donnés par des apiculteurs
- mettre en place de trames vertes, comme en Champagne-Ardenne sur un territoire de 400 km2, avec un programme multi-acteurs : autoroutes/ voies navigables/ agriculteurs/BASF/réseau des soins naturels/ paysages de luzerne/etc…
- en faire l’affaire de tous les citoyens et non pas seulement des spécialistes ou des agriculteurs. Les jardins privés en sont un bon exemple qui avec la plantation généralisée de haies de thuyas, gourmandes en eaux et en ressources du sol a fait disparaitre des multitudes de plantes traditionnelles, ou en empêchent la réimplantation ce qu’ignorent complètement les propriétaires des jardins.
Propositions de conclusion : - construire une gouvernance territoriale environnementale, associant chaque acteur du territoire et procédant à des réflexions au niveau local, où les enjeux sont partagés ;
- définir des indicateurs locaux mesurant les progrès réalisés par les acteurs, y compris les entreprises.
- Pour réussir à sauver des espèces menacées, il est aussi nécessaire de sortir des a priori idéologiques.
C’est ce que nous explique Philippe LECOMPTE , Apiculteur et Président du réseau Biodiversité pour les Abeilles .Quand les abeilles ont succombé en masse à une maladie inconnue, il fallait mener des investigations avec objectivité et rigueur sans chercher des boucs émissaires du côté des industriels . Après études et enquêtes minutieuses il s’avère que le Gaucho n’est pas responsable de la mortalité des abeilles en Europe .Les causes ont été identifiées, consécutives à des manipulations génétiques entre les espèces asiatiques et européennes et la transmission corrélatives de maladies provoquées par des parasites qui ont franchi la barrière des espèces
- Le développement des aires protégées est-elle une voie efficace pour recréer la biodiversité ?
Oui ! répond Dominique JULIEN-LABRUYERE, Rapporteur sur la Gouvernance locale des aires protégées et des espaces dédiés à la conservation de la Biodiversité auprès du Secrétariat d’Etat à l’Ecologie, en donnant l’exemple de la haute vallée de Chevreuse. A condition toutefois de simplifier le système qui demeure trop compliqué pour le faire partager à la population, et d’améliorer l’organisation de l’information et l’implication des citoyens. L’obligation de lancer des enquêtes publiques (loi Bouchardeau 1983) ne suffit pas en effet pour que les citoyens deviennent partie prenantes. L’organisation de débats publics, est une solution plus efficace pour la mise en œuvre de ce qu’il appelle une participation citoyenne de la société civile.
En effet, 24 types de protection différents rendent confuse leur appréhension (une carte de la France avec l’ensemble des zones de protection superposées, le montre parfaitement).
Dominique Julien-Labruyère propose une organisation minimale de départ:
- au départ, sélectionner 1 seul type d’aire protégée
- par la suite : on s’occupe de qui va la gérer parmi les collectivités locales
- faire en sorte que les « personnalités qualifiées » soient « élues » par la société civile
- remettre les élections tous les 3 ans
- relancer des débats publics tous les 3 ans dans les aires protégées, débats « stratégiques » en revenant à un vrai dialogue vers la population.
Les intervenants de la salle remarquent que, si la Vallée de Chevreuse est un bon exemple, le parc naturel de la Vallée de la Marne n’est toujours pas en cours (Rémy Dassant). De même à Fontainebleau, le parc prévu n’a jamais vu le jour (Yves Paccalet). En Moselle, on ne pourrait pas sortir des frontières pour réaliser un parc franco-allemand (Henry Reese). Cependant, il existe des accords avec l’Italie ou avec l’Espagne dans les Pyrénées (ours).
Le vrai problème est généralement l’urbanisation, qui bloque.
- Comment préserver la biodiversité des Océans alors qu’il appartient à tout le monde et que les destructeurs sont souvent insaisissables ?
Yves PACCALET, philosophe et naturaliste, rappelle que la vie est née au sein des océans et y est demeurée environ 4 milliards d’années.
De nos jours, l'océan compose un ensemble de milieux d'une incomparable richesse biologique. Les scientifiques supposent aujourd'hui que les plaines abyssales, entre 3. 000 et 6.000 mètres de profondeur (dans des cheminées d’eau chaude à 300/350°, dans l’obscurité), pourraient recéler des millions d'espèces qui nous restent totalement inconnues. Plus près de la surface, les herbiers littoraux, les zones de rencontres de courants, les marais côtiers, les mangroves, les récifs de coraux, etc., composent des ensembles vivants irremplaçables. L'évolution déclinerait trois dimensions - selon la profondeur, mais aussi selon la latitude et la longitude, avec par exemple des merveilles dans les contrées polaires.
Aujourd’hui la surpêche, les pollutions de toutes sortes, les destructions mécaniques, les filets longs, le saccage des côtes et des îles à des fins touristiques, le réchauffement climatique, menacent gravement l’océan et sa biodiversité, il est urgent d’élever les prises de consciences de tous et que ce problème soit traité au niveau mondial, à l’exemple de l’interdiction de la pêche du thon rouge.
La France est le 3ème pays au monde quant aux surfaces marines et il est urgent de protéger les cotes de l’hexagone, aussi bien que Mayotte, les Caraïbes, la Guyane et les îles Kerguelen.
Les échanges qui ont eu lieu au cours de ce colloque ont convergé vers les idées suivantes :
- Il est urgent de faire prendre conscience à nos concitoyens que la nature n’est pas un bien de consommation gratuit ou presque pour le confort et le bien être de l’espèce humaine.
- nous sommes un élément de la nature, nous devons en prendre soin comme de notre maison individuelle, car notre grande maison c’est la terre.
Retenu à l’Elysée, le Ministre d’Etat Jean Louis BORLOO, dans son allocution de clôture lue par Françoise Dutheil, Présidente d’Honneur d’Ecologie Radicale, déclare se battre sans relâche : pour obtenir la mise en place d’un « GIEC de la Biodiversité », amorce de l’établissement prioritaire d’un diagnostic scientifique commun, avant tout programme d’action.
Pour soigner ce « mal de terre », l’année 2010 verra s’accélérer la mise en chantier du Grenelle de l’Environnement :
- mettre en place une trame verte et bleue pour restaurer les continuités écologiques
- insister sur le rôle de l’éducation à l’école, pour changer les mentalités.
- exploiter les conclusions des 18 comités opérationnels du « Grenelle de la Mer »
- instaurer un débat sur les « indicateurs » économiques
- achever la création en cours du parc naturel marin de Mayotte
- créer une AGENCE de la NATURE regroupant l’Agence des aires marines protégées, la Fédération des Parcs nationaux, le Conservatoire du littoral
- lancer une « FETE de la NATURE », afin de multiplier les symboles en créant des événements dont il va proposer l’organisation.
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Le colloque est clos à 20h15
6 mars 2010- Annie Wallet- Françoise Dutheil
Mis à jour (Mardi, 16 Mars 2010 19:38)


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